COUP DE COEUR DU BOOKSTORE
Pharmakon, remède et poison
Le docteur Winton et le docteur Friedrich souhaitent rencontrer des sujets
ayant subi un deuil, un chagrin, une déception et/ou une dépression et souhaitant vivre mieux. Les participants devront se trouver sur le campus une fois par semaine, du 15 mai au 15 septembre, et tenir un journal succinct de leurs réactions à la médication qui leur sera proposée. Les candidats retenus recevront une somme de 5 dollars par semaine, payable à l’issue de l’étude.
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Dr William T. Friedrich, salle 307 Bat. Psychol.
Dr B. Winton, salle 211, Relations Humaines.
Etats Unis. Années 50. Gardez-vous d’être fou, à moins d’être adepte de la lobotomie, de l’arrachage de dents ou de tout autre douce pratique vouée à calmer les affres d’un mental perturbé. Le jeune Will Friedrich, pharmacologue prometteur à Yale, spécialiste ès statistiques, entend bien laisser son empreinte dans le monde de la psychiatrie. Père de famille fauché, il rêve de ne plus avoir à circuler dans cette ancienne ambulance d’occasion qu’il appelle amèrement “la Baleine”. Poussé par son idéalisme et son ambition, hanté par la souffrance d’un frère pas tout à fait comme les autres, il croit pouvoir distribuer le bonheur sur ordonnance et s’assurer ainsi gloire et reconnaissance. A l’aide de la rousse incendiaire Bunny Winton, il élabore alors un protocole d’expérimentation à partir d’une plante utilisée par une peuplade cannibale. Jusqu’à ce que le remède devienne poison et crée des effets secondaires irréversibles.
Sa vie restera marquée du sceau de ce dérapage, tant dans les bonheurs que dans les interdits, influencée par la propre mélancolie de ce père pourtant si compréhensif avec ses patients.
Le Remède et le poison est une chronique sociale et familiale où les décennies se suivent au gré des substances plus ou moins licites offrant une échappatoire au réel, avec l’ombre de la responsabilité, de la caution médicale et de cette influence que l’on voudrait avoir sur une famille qui nous échappe, inévitablement. La société se regarde dans le miroir de Dirk Wittenborn et ce qu’elle y trouve n’est autre qu’un idéal qui vole en éclats, qu’un bonheur que l’on est allé chercher hors des sentiers attendus. Alors quand viennent enfin la gloriole et la reconnaissance, où est la frontière entre ces pilules approuvées par le docteur et la coke contre laquelle il met en garde ses enfants? Mais à mettre en garde contre la vie, on ne rachète pas ses erreurs, on prévient d’autant moins celles des autres, et cet ersatz de bonheur fini toujours par se briser dans la descente.
Toutefois, pas de cynisme ni de fatalisme. Pas un roman déprimant. Parfois loufoque et extravagant, souvent attachant, un très bon moment de lecture, c’est certain.
Dirk WITTENBORN, Le Remède et le poison, Seuil, avril 2009.








