COUP DE COEUR DE L’ETE AU BOOKSTORE
Le dernier de la riche lignĂ©e Weynfeld est ce cĂ©libataire entre deux âges aux costumes sur mesure, expert en tableaux, classe incarnĂ©e, un rien vieux jeu: Adrian. Chacun lui doit quelque chose, mais aucun ne doit se sentir redevable: il se gardera bien de le faire remarquer, s’Ă©clipsant avant la fin de ses dĂ®ners du jeudi avec ses amis les plus jeunes pour payer la note en toute discrĂ©tion, finançant les ambitions des uns et les folies des autres.
“La conscience d’ĂŞtre quelque chose de particulier s’Ă©tait tellement incrustĂ©e dans la chair et le sang d’Adrian qu’il tentait de dissiper d’emblĂ©e, par une courtoisie exagĂ©rĂ©e, tout soupçon d’arrogance.”
Un tel personnage devait trouver un Ă©crin glacĂ© Ă sa mesure: immeuble ultra sĂ©curisĂ©, appartement revisitĂ© par un architecte et briquĂ© d’une main ferme par une gouvernante qui veille dans l’ombre au moindre besoin de cet handicapĂ© du quotidien difficilement capable de cuisiner plus qu’un toast grillĂ© et d’actionner le rĂ©pondeur tĂ©lĂ©phonique.
Entre la belle et suicidaire Lorena, toujours en quĂŞte de quelques billets pour encourager ses envies de luxe, et le vrai faux Vallotton qu’un vieil ami veut lui faire mettre aux enchères, ce sont nues devant la salamandre que ces femmes vont froisser l’amidon de ses rassurantes habitudes.
Le lecteur ne reste pas insensible aux charmes de cette incursion dans un monde lisse, menĂ© en douceur par le guide Adrian, dernier bastion d’intĂ©gritĂ© dans un monde d’escrocs manipulateurs?
Martin SUTER, Le Dernier des Weynfeld, Seuil, “Points”, mai 2009









